La Cour pénale internationale a rendu mardi le premier verdict de son histoire. Thomas Lubanga, chef d’une milice au nord-est de la RD Congo, a été condamné à 14 ans de prison. Pour comprendre le pourquoi.
Août 1998, moins de deux ans après la chute de Mobutu, une nouvelle guerre éclate en RD Congo. Elle oppose le pouvoir de Kabila le père, soutenu par l’Angola, le Zimbabwe et la Namibie, à plusieurs groupes rebelles appuyés par l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi. Dans cet imbroglio, Thomas Lubunga, soutenu tour à tour par le Rwanda et l’Ouganda, se retrouve à la tête d’un groupe armé, l’Union des patriotes congolais (UPC).
1. Son terrain d’action : Ituri
Situé au nord-est de la RD Congo, le district d’Ituri, riche en bois, or et pétrole, est peuplé en majorité par deux ethnies, les Lendu et les Hema. Faisant partie de cette dernière tribu, Thomas Lubanga a choisi donc sa terre pour mener son aventure guerrière.
Situation géographique de l’Ituri
2. Condamné mais pas sur tout ce qu’il a fait
Après le retrait des troupes rwandaises et ougandaises en 2002, les milices et groupes armés qu’elles soutenaient se déchainent. Chacun tente de se repositionner en vue de tirer bien profit d’un éventuel partage des responsabilités au sein de la future armée et du gouvernement de la transition. Mais surtout pour le contrôle des ressources naturelles.
Et en Ituri, les hostilités s’ouvrent entre les Hema et les Lendu. On retrouve alors Thomas Lubanga à la tête de la milice hema. Son mouvement est cité dans plusieurs rapports d’ONG internationales lors de différentes exactions contre les populations civiles : massacres, viols, exécutions sommaires, disparitions forcées, pillages et enrôlement d’enfants soldats. Human rights watch rapporte par exemple :
« La ville de Mongbwalu, riche en mines d’or, a été attaquée par les forces de l’UPC et leurs alliés en novembre 2002. Les combattants UPC ont systématiquement tué toute personne appartenant à l’ethnie lendu qu’ils rencontraient, allant d’une maison à l’autre. Des civils ont été emprisonnés par l’UPC dans un camp militaire où des détenus de l’ethnie lendu ont été tués alors que ceux appartenant à d’autres groupes ethniques ont été libérés. Environ 200 personnes ont été tuées à Mongbwalu et dans ses environs lors de l’attaque de l’UPC.»
Illustration d’une guerre ethnique entre les Hema et Lendu. Même des Casques bleus des Nations unies avaient payé les frais : neuf morts. Une force multinationale composée essentiellement par les forces françaises fut alors déployée sur le terrain pour assurer la protection des civils pris entre deux feux.
Mais, lorsque Thomas Lubanga est arrêté, puis transféré à La Haye en 2006, seul l’enrôlement des enfants dans son groupe armé apparaît comme charges portées contre lui. Malgré les appels des ONG demandant au procureur Ocampo d’étendre l’accusation à d’autres crimes graves qu’auraient commis les forces de l’UPC, rien n’a été fait.
Rien de surprenant donc lorsque, trois ans après l’ouverture de son procès, Thomas Lubanga est juste reconnu « coupable des crimes d’enrôlement et de conscription d’enfants de moins de 15 ans et du fait de les avoir fait participer activement à des hostilités, de début septembre 2002 au 13 août 2003 ». Pas plus ! Le procureur Luis Ocampo a requis une peine de 30 ans d’emprisonnement contre lui. Les juges le condamne à 14 ans de prison. Arrêté et détenu depuis 2006 à La Haye, Thomas Lubanga ne passera donc que huit ans en prison.
3. Son complice, Bosco Ntaganda, encore en liberté
Dans son arrêt, la CPI « a conclu que Thomas Lubanga a agi de concert avec ses coauteurs parmi lesquels Bosco Ntaganda ». Mais, ce dernier court toujours, malgré le mandat d’arrêt qui pèse sur lui. Pis, après avoir été protégé par le pouvoir de Kinshasa qui refusait de le remettre à La Haye, prétextant qu’il a contribué au dénouement du dernier conflit armé à l’est du pays, Ntaganda a repris les armes contre le régime de Kabila. Même si le Mouvement du 23 mars (M23) qui se bat depuis début avril à l’est du pays contre les forces loyalistes continue à nier tout rapport avec le recherché de la CPI.
En attendant, l’Histoire retiendra que la CPI a du attendre 10 ans depuis sa création pour voir son premier condamné : Thomas Lubanga, « un coupable d’exemple ». Qui sera le prochain ?
Photo : Cour pénale internationale
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Bravo! C’est le premier article que je lis qui, non seulement ne se limite pas à reproduire des dépêches d’agence, mais a aussi fait un effort de recherche qui donne un panorama clair du contexte dans lequel M. Thomas Lubanga a commis sa forfaiture contre des enfants et des populations civiles.